Ma maison, mon grenier, à Chalabre, au pieds des Pyrénées Audoises. Point de retour après tant d’années vécues sur 3 continents. Mon grenier, entrepôt de choses dont on n’a pas pu se séparer. Mon grenier comme représentation de ma mémoire.

Dakar, Pointe des Almadies. SENEGAL.
J’enfile cette veste tissée à Ouagadougou faite sur mesure pour mon départ, j’ouvre la fenêtre vétuste, je m’assoie dans ce fauteuil qui nous a partout accompagné, je ferme les yeux et je m’envole vers des cieux lumineux pour atterrir à Dakar, pointe des Almadies. Sur la plage, j’y retrouve ce bâtiment inachevé, sans fenêtre, offrant un cadre en noir et blanc parfait qui donne sur une scène de plage populaire. Puis je file dans une rue non loin de là pour y retrouver la jeune fille aux mangues. Son rire me communique une joie immédiate. Je lui achète une mangue que je dégusterai plus tard, comme la joie que je mets dans ma boite noire. Un jour j’en aurai besoin.


Niamey, NIGER.
Je m’envole à nouveau, direction plein sud, et j’arrive à Niamey, au bord du fleuve Niger. J’ai des photos très belles des couchers de soleil au-dessus du fleuve, mais je me remémore d’abord ces terrains en friche, habités par des pêcheurs – qui vivent dans des cabanes indignes aux pieds de villas somptueuses, ou cultivés grâce à l’eau qui ici ne manque pas mais qu’il faut en permanence irriguer comme on peut. Je m’arrête ensuite devant une maison qui aurait dû être somptueuse, mais qui n’a jamais été achevée. A ses pieds, des jeunes s’y retrouvent pour jouer au foot. Une photo de groupe. On me sourit, à moi qui dispose visiblement de tout alors qu’eux n’ont pas accès à l’eau potable. Mais c’est la rencontre, encore une fois joyeuse, qui compte, malgré le constat amer des inégalités abyssales.




Maradi, NIGER.
La joie nous unit. Toujours au Niger et à la faveur d’une mission de terrain avec l’UNICEF, je m’envole pour Maradi, à la frontière avec le Nigeria. Sous protection militaire et avec la bienveillance du sultan, nous rendons visite aux bénéficiaires de programmes en faveur des enfants et des jeunes femmes. Les enfants sortent de l’école comme un vol de moineaux et s’enfuient vers la lumière du soleil couchant. Ailleurs, ils se retrouvent en formation triangulaire, et nous abreuvent de leurs rires. Plus loin, trois génération de femmes écoutent et se questionnent sur leur place dans une société qui souvent les invisibilise. Puis le dispensaire, et le regard lumineux d’un enfant dans les bras de sa grand-mère qui fixe le même objet que sa mère. Convergence des regards, convergence des luttes ….
Ouagadougou, BURKINA FASO
Décollage pour Ouagadougou, Burkina Faso, le pays des Hommes Intègres et de la parenté à plaisanterie. Un bâtiment inachevé, en face du parc Bangr Weogo, me rappelle celui de Niamey. A l’angle d’un « 6 mètres » de la zone du bois, 4 jeunes m’interpellent. Ils acceptent une photo de groupe. L’une des filles à l’air d’en vouloir aux autres. Je lui « alors, tu n’as pas l’air contente ! ». Elle mets ses poings sur ses hanches et fais une moue très décalée par rapport aux autres : instant saisi. Avant y’a pas photo, après non plus ! S’en suit un vrai éclat de rire partagé. Il vient s’ajouter à ces moments pour lesquels l’image fait entendre des sons, ici des rires. Leçon de joie .


En me rendant à un mariage, je tombe sur ces mannequins blancs, figés, au milieu des habitants du quartier. Suis-je l’un de ces mannequin qui soudain prend vie ? On me dévisage quand je prends la photo, mais après on me sourit. Le contact est établi, on peut saisir l’amitié en saisissant des images. Fête de mariage, «alors on danse» … Fête de la musique, «alors on danse » !



Je revois aussi ces collégiennes, bras tendus vers un futur qu’elles sont prêtes à construire, et ces autres mannequins utilisés par une ONG locale pour parler de l’excision et faire cesser ce fléau qui mutile et avilit les femmes dans de trop nombreux pays.


Bamako, MALI.
Dernier clin d’œil à celui de Bamako dont j’ai pu visiter le studio. Des carreaux en noir et blanc, encore et pour toujours !

Esprit vagabond …
Je m’envole à nouveau, un peu à contre cœur pour retrouver mon cher village, mon grenier et mon fauteuil, mais j’ai encore un peu l’esprit ailleurs …





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